Les Sables d'Olonne - Les Açores (1/2)

 

Une année de navigation intense apporte inévitablement son lot d'instants hors du temps mais aussi de moments difficiles et de doutes.

Découvrez ici mes aventures salées. Pour les plus novices (ou les plus curieux) vous trouverez un lexique. La logique voudrait de commencer par « Mon projet Mini » mais un peu de folie est toujours envisageable ;)

 

Les Sables d'Olonne - Les Açores (1/2)

22 juillet 2018
Image Les Sables d'Olonne - Les Açores (1/2)

La SAS (les Sables-les Açores-les Sables) avec ses 5000 kilomètres aller/retour, la technicité du parcours et l’éloignement à la côte est la première véritable course au large à laquelle je prends part. Après m’être plié aux exigences de la Fédération française de voile en effectuant des examens cardio-vasculaire et avoir profité de quelques jours plus calmes pour glaner des conseils en termes de réglage de voile – notamment lors d’un convoyage avec le « régleur fou » - j’arrive fébrilement aux Sables d’Olonne. La période de présence obligatoire pour une course de cette ampleur est longue. Tant mieux car entre la confection de la pharmacie, l’analyse de la météo et les petites bricoles sur le bateau la liste des choses à faire est infinie. Nous avons également le droit à de nombreux briefings dont celui de la 24F, une flottille de l’aviation navale, qui nous explique et détaille les comportements à adopter en cas de forte avarie, comprendre par cela l’abandon du bateau. Après une dizaine de jours sur place nous quittons les pontons, de nombreuses personnes sont venues voir notre départ sur terre ou sur l’eau ce qui crée une ambiance tout particulière. J’ai alors conscience de me lancer dans quelque chose de hors norme. Toutefois je pense que pour la plupart on ne se rend pas vraiment compte de ce que l’on est en train de faire et force est de constater qu’on ne va pas être déçu du voyage !

Cette première étape se révélera particulièrement difficile. Tout d’abord, avec trois dépressions successives nous avons rencontré des conditions spécialement ardues et des vents soutenues De plus, pensant partir pour 10 jours de mer, on y sera au final resté 13. Coupé du monde cela implique une situation moralement compliquée à gérer ainsi qu’un certain rationnement en eau et en nourriture. Cette course restera une formidable expérience, véritablement engagée d’un point de vue physique mais aussi, et surtout, d’un point de vue mental. Cela se ressent dans mon journal de bord rédigé durant la course qui n’est pas très structuré, inconstant et parfois difficile à comprendre.

Par conséquent j’ai hésité à le partager mais je pense qu’il n’y a pas de meilleure manière de comprendre ce que l’on a vécu durant 13 jour et 13 nuits ! Toutefois, il y a lieu de préciser qu’il n’a pas été écrit à posteriori et est donc au plus proche de l’action. J’ai volontairement presque (oui je n’assume pas non plus tout, tout) rien changé de la version originale. Cela devient ainsi relativement technique, le lexique devrait vous permettre d’y voir plus clair. Attention à partir d’ici il n’y a donc plus de filtre, les termes techniques sont légion et les règles grammaticales et autres coquetteries orthographiques sont devenues un luxe que l’on ne peut que rarement s’offrir. ;-)

Journal de bord / Les Sables-Horta

Je ne pensais pas vraiment faire de journal de bord sur cette étape mais le carnet trainait devant moi donc … pourquoi pas !

On est donc le 25 juillet 2018, le départ a été donné le 22 aux Sables. Je ne sens pas vraiment de pression, je ne crois pas vraiment avoir peur du large. Ce qui me fait le plus peur au final c’est d’être ridicule d’un point de vue du résultat … arriver dernier je m’en fiche mais dernier avec 4 jours de retard c’est quand même drôlement moche ! Bref c’est plutôt l’analyse de la météo à laquelle je n’y connais pas grand-chose (note pour plus tard ; bosser ma météo), les coups stratégiques, la vitesse pure,…

Après un très mauvais départ j’ai fait une plutôt bonne première nuit durant laquelle j’arrive à remonter pas mal de monde (l’AIS ça change quand même tout) et je me retrouve dans un groupe de Pogo2 et Matthieu Perraut … ça fait du bien pour le moral ça ! Le groupe s’est un peu scindé et depuis je fais route avec Cubitus et Walabi, ils ont tendance à aller un peu plus vite que moi mais c’est bien car ça me donne des vitesses cible et ça me permet d’avoir un challenge. En plus ils me donnent la météo car j’ai pas du tout réussi à capter quoi que ce soit avec cette foutue BLU (notre radio du bord, seul lien vers l'extérieur).

Le rythme s’installe à bord, je commence à confondre les jours mais l’ambiance est un peu particulière … ma musique ne marche pas toujours très bien et je crois que cela impacte beaucoup mon moral … là par exemple elle marche bien et je suis bien à écrire ma petite journée.

Enfin bref, grosse journée j’ai passé pour la première fois le mythique Cap Finisterre, après de longues hésitations on a décidé de faire intérieur DST … le fait qu’ils annoncent un gros coup de vent au nord nous a conforté dans notre choix. La descente le long des côtes portugaises a été géniale, j’ai longé le DST avec un vent qui a adonné tout du long pour se terminer à 160 degrès du vent sous SPI et des pointes jusqu’à 10 nœuds … le pied quoi !! Au petit matin, un peu cramé, j’ai un peu merdé. Pensant avoir attrapé une algue dans ma quille j’ai plongé ma Gopro dans l’eau … dans son mauvais boitier, celui qui n’est pas étanche … hé ben elle n’a pas demandé son reste, elle a tout de suite rendu l’âme ! Rendant du coup ce journal de bord d’autant plus pertinent !

(…)

On est le 28, j’ai un peu de peine à trouver un véritable rythme, je dois me faire violence pour trouver l’énergie nécessaire pour faire les choses « secondaires », tenir à jour mon journal de bord officiel est déjà compliqué et celui-ci … je ne le tiens tout simplement pas ! Donc petit retour en arrière … après le passage du DST une très grosse dépression avec des vents à 55 noeuds a été annoncé par BLU au Nord de la zone de navigation, au-dessus du 44 Nord, donc tout le monde est « tombé » sur nous qui étions déjà bien Sud … On a commencé à entendre de nouvelles voix à la VHF, sans accès au classement c’est difficile à dire mais à mon avis avec ce passage intérieur DST on a dû faire une sacrément bonne opération. J’ai perdu Kévin et Sébastin (Cubitus et Walabi) cette nuit … mais je suis drôlement content j’ai réussi à rester 6 jours au contact avec eux ! Mais les multiples changements de voile durant la nuit et une prise de ris qui aurait pu mal tourner en « mode toboggan » m’ont convaincu de lever le pied ! Je garderai un sacré souvenir du dernier changement de voile, après 3 changements successifs de voile d’avant je suis littéralement tombé de fatigue dans le cockpit, comme si mes jambes savaient que la voile était envoyée et qu’elles pouvaient me lâcher sans grande conséquence. Je n’avais vraiment plus un pet d’énergie, j’ai attrapé de la nourriture à l’intérieur et je suis resté une bonne trentaine de minutes à contempler ma grand-voile, mes feux de tête de mât et le ciel étoilé intense comme rarement en l’absence de pollution lumineuse. Un beau moment de zénitude après avoir été au bout de moi-même, ou tout du moins ce que je pense être le bout …

J’ai depuis retrouvé le contact avec Simon, que je ne connais même pas en dehors de nos contacts VHF … un peu de compagnie et en plus il a la météo, c’est top !! Globalement je suis content d’être là mais on n’a pas de chance avec la météo, on subit une succession de passage de dépression donc avec beaucoup de vent, une mer pourrie et en prime un vent qui vient du 260 depuis 5 jours et les Açores sont au … 260.

D’un point de vue de la vie à bord (alimentation, sommeil, hygiène… ) j’ai beaucoup à apprendre, en revanche je pense avoir fait de gros effort et progrès par rapport aux « performances ». Par rapport aux courses d’avant saison j’y fais vraiment plus attention, je passe bcp plus de temps à observer mes voiles et je prends plus facilement la barre pour « comprendre » l’équilibre du bateau. Bref un peu mitigé et peut-être un peu à chaud aussi, en direct du 40o35’ 000 N / 016o08’ 000 W !!

(…)


  • Un peu avant le départ, on faisait encore les malins !
  • Rencontre au large de l'Espagne !
  • Les Açores, c'est par là !
  • Sans doute la dernière photo de ma Gopro ;)
  • Test cardio avant la course, avec la FFV on ne déconne pas avec la sécu !
  • La télé et tout, pour flatter l'égo !
 

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